Affichage des articles dont le libellé est air du temps. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est air du temps. Afficher tous les articles

mercredi 9 avril 2008


Réponse à Pierre : De l'abstention électorale et du vote blanc.

N'étant pas juriste, je te répondrai des mots d'un modeste étudiant linguiste épris "à sauts et à gambades" de philosophie. Le temps de quelques lignes, je m'essaierai à l'art du plaidoyer. Je me ferai l'avocat de ceux que tu ranges au rang d'êtres infernaux, le défenseur de ceux qui selon toi menacent la Chose Publique avec tant de mépris.
Tu le sais, le mot me plaît. Le mot m'alerte, le mot me colle à la peau et me saute aux yeux. De tous les mots que tu as employés, quelques uns sont sortis du lot. J'ai vu "symbolique", j'ai lu "empirisme", j'ai retenu "Histoire".
C'est de ce mot au combien polysémique que je vais te parler, de l'histoire au sens philosophique du terme. Ni celle avec un grand H, ni celle de Père Castor. L'histoire qui fait que toutes les sciences humaines au sens large (la psychologie, la sociologie, la linguistique, mais aussi le droit, l'Histoire ou l'économie) échouent à un moment ou à un autre dans leur tâche qui vise à rationaliser l'être humain et son comportement. La psychologie, par exemple, échoue à comprendre la psyché, l'Histoire à expliquer les faits, le droit à rationaliser la morale. Tout cela parce que l'homme est absolument libre et libre dans l'absolu, et c'est de l'absolu qu'il faut aussi se soucier.
Tu parles d'empirisme, mais tu en parles juridiquement. Jette un oeil à l'individu dans l'absolu et voit combien il se fiche de la réalité et du réalisme juridique s'il ne se considère pas ne serait-ce qu'un peu membre de cette Chose Publique dont tu es un si brillant défenseur.
Certes, l'Histoire avec un grand H n'aura pas pris compte de l'abstention d'un individu, mais l'histoire petit h de cet individu est bien souvent "hors-l'Histoire". Il est certes fautif, le miséreux qui ne s'en va pas voter pour celui qui lui rendra sa dignité. Mais il a son histoire, une histoire pour laquelle nous ne pouvons rien, une histoire loin du droit et loin des idéaux de la République. Et ce miséreux, sa carte d'électeur perdue au fond d'un tiroir, est souverain. C'est ainsi.
Pense au vote blanc. Au vote blanc. On dit qu'il existe un vote juif ou un vote noir aux Etats-Unis... un vote hispanique. En France il existe avant tout un vote blanc (pas celui dont tu parles, qui est difficilement défendable) car, selon moi, la France, son Histoire, son identité ou ses institutions n'ont pas encore intégré le métissage de la population. Tous ses individus qui composent la France mais qui ne votent pas, ils n'approuvent ni ne consentent... ils n'ont juste pas d'Histoire de France dans leur histoire à eux. Et ce n'est pas la première fois que je me lèverai (virtuellement j'entends, via mon blog...) pour dire à la République qu'il est temps qu'elle s'assume comme chose publique. Il est temps que la multitude d'identité qui la compose empiète sur cette étatique, austère, et maintenant ministérielle "Identité Nationale". Le peuple ne doit rien à la France, il est la France. Et je voterai pour le lui faire comprendre.

Publié par icare à 01:21
Tags , ,

1 commentaires  

vendredi 30 novembre 2007


ou pourquoi Sarkozy est nécessaire.


Etre Français, nous dit-on, c'est avant tout se sentir Français. C'est parler français, travailler français et vivre français. C'est être intégré, à la française, et en être fier. Et c'est aussi, accessoirement, avoir des papiers français. Toutes ces belles choses passent évidemment par la condition sine quâ non de bien connaître la signification de français, sinon, les choses commencent mal.
Depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy à la Présidence, et depuis la création du Ministère de l'Identité Nationale, la question de l'identité et du sentiment d'appartenance à la France a repris une importance qu'elle avait perdu. "La France, tu l'aimes où tu la quittes", nous avait-il dit, et nous avait-il démontré, ramenant "chez eux" certains qui ne l'aimait pas. Il faut insister, toutefois, sur la cohérence de cette nouvelle donne. Cela s'inscrit dans un désir de renouveau, de réforme, dans une volonté de ramener les Français au travail. Et la cohérence, dans un programme politique, est essentielle, et donc à saluer.
Nicolas Sarkozy a un certain nombre de convictions, qu'il compte bien rendre effectives. Et son souhait le plus cher est de créer une France normée, qui se lève le matin pour aller au travail, et rentre le soir pour garder les enfants — enfants pour lesquels elle travaillera plus, afin de partir en vacances avec eux.
Cette France est belle comme une carte postale, je ne m'éterniserai donc pas dessus.

Qu'en est-il de l'autre France ? Celle qui, tout d'abord et pour bien commencer, ne se sent pas française et ne vie pas à la française. Qui parle la langue pas comme il faut, par héritage ou par simple nécessité poétique, en inventant des mots. Cette France trop modeste pour s'aimer, qui préfère se haïr, se brûler et se déchirer. Cette France qui a toujours honte d'elle-même, et qui n'est fier que du pays de ses parents. Qu'en est-il de ces Français trop fainéants pour se lever et aller au travail, trop conscients de l'avenir du monde pour avoir des enfants et le leur laisser.
Cette France qui écrit, écrirait-elle si elle travaillait plus, si elle produisait plus de richesse, si elle consommait toujours d'avantage et si elle se complaisait béatement dans l'engouement pour la Patrie.
Et bien cette France là n'existe que grâce à l'autre, à la normale, à la France modèle. Elle existe parce qu'on la rejette, et elle sera plus forte à force d'être rejetée.
Cette France qui crée dans la douleur et dans la revendication, si elle était acceptée, comprise et aimée, sans qu'on lui en demande autant, pourrait-elle survivre ? Qui continuerait à danser sur le parvis de l'Opéra ou à rapper dans sa chambre, si toutes les scènes et toutes les institutions, d'un coup, ouvraient leurs portes à toutes les cultures.
Ceux qui ont honte des zones d'ombre de l'Histoire de France, de la collaboration, de la colonisation, de l'esclavage, et pour lesquels la vie n'est qu'un digne combat pour la reconnaissance, n'auront-ils pas le mérite d'avoir vécu de manière singulière, à contre-courant ?
Bien sûr, la vie hors du moule a son lot de stupidité, et une fâcheuse tendance à l'auto-destruction. Certains sont adeptes, dans les Universités, de l'auto-interdiction d'accéder au Savoir, et Dieu sait pourtant que l'accès au Savoir est une belle forme de combat. D'autres, en banlieue, détruisent le peu qu'ils ont, par suicide ou pour être certains qu'ils ne rêvent pas.

Moi, de tous ceux-là, je me place dans les rêveurs, qui s'émerveillent devant tant de romantisme, et qui remercient les bons français, ceux qui sont dans la norme, en leur priant de ne pas oublier d'aller travailler demain.

Publié par icare à 02:29
Tags ,

5 commentaires  

 
>